VICTIMES DE CRIMES VIOLENTS

Aucun groupe ni aucune personne n'est à l'abri de la possibilité de devenir une victime de crime violent. Les victimes d'actes criminels ne constituent pas un groupe statique ni homogène. Elles sont de tous âges et des deux sexes, ainsi que de tous les groupes sociaux, économiques, religieux, géographiques et ethniques. Les victimes d'actes criminels comprennent également les victimes indirectes, comme les membres de la famille des victimes d'actes criminels. La vie des familles, particulièrement celles des victimes d'homicide, est souvent détruite par la victimisation importante d'un membre de la famille.

Le fait de comprendre les répercussions d'un crime violent sur les victimes ainsi que les besoins qui en découlent offre une base solide permettant d'examiner le rôle de l'aide financière aux victimes de crimes violents.

A. Les répercussions des crimes violents

Les crimes violents peuvent entraîner des répercussions émotives, financières et physiques importantes sur les victimes.

Au cours de mes rencontres, j'ai entendu bon nombre d'histoires concernant la douleur affective ressentie par les victimes, notamment les sentiments de peur, de honte, d'isolement et d'humiliation. Comme l'a écrit le Centre canadien de ressources pour les victimes de crimes :

La victimisation criminelle constitue une expérience effrayante et troublante pour bon nombre de Canadiens. Elle est dans la plupart des cas imprévisible et souvent inattendue. Contrairement aux expériences de vie normales, la victimisation n'est pas recherchée et n'est jamais la bienvenue. Elle est débilitante et démoralisante. Ses conséquences peuvent souvent se faire sentir à long terme et être difficiles à surmonter. [traduction] 1

Outre les douleurs affectives et autres ressenties à court terme, il est incontesté que bon nombre de victimes de crimes violents souffrent également d'importants préjudices psychologiques à long terme.

Les crimes violents peuvent entraîner de nombreux fardeaux financiers pour leurs victimes, notamment des dommages matériels, des pertes de salaire et diverses autres menues dépenses. Le gouvernement fédéral estime qu'en « 2003, le crime au Canada a coûté 70 milliards de dollars, dont la majeure partie - 47 milliards ou 67 % - a été assumée par les victimes . » 2

Les crimes violents, bien sûr, entraînent souvent des blessures physiques. Bien que certaines victimes de crimes violents puissent souffrir de blessures relativement mineures requérant peu ou pas de soins médicaux, les décisions de la Commission d'indemnisation des victimes d'actes criminels révèlent que les blessures physiques découlant d'un seul acte de violence peuvent, sans surprise, compromettre la qualité de vie d'une victime.

Outre les répercussions directes des crimes violents, les victimes d'actes criminels peuvent souffrir de victimisation indirecte à la suite de l'acte criminel initial. La victimisation indirecte est le traitement insensible que les victimes subissent parfois au sein du système de justice pénale ou ailleurs. Ce traitement insensible peut survenir dès la première enquête policière et se poursuivre durant de nombreux mois ou de nombreuses années à mesure que la victime parcourt les étapes du processus criminel, telles que l'audience préliminaire, le procès et peut-être une audience de libération conditionnelle. La cause de la victimisation indirecte est souvent un manque de formation ou de compréhension des besoins des victimes, ou le fait que les processus et les programmes relatifs à la justice pénale mettent l'accent sur l'accusé et fonctionnent parfois sans la sensibilité nécessaire à la reconnaissance des besoins des victimes ou sans la conscience de ceux-ci.

B. Les besoins des victimes de crimes violents

Les personnes que j'ai rencontrées qui travaillent directement auprès des victimes d'actes criminels, ainsi que les organismes et les particuliers qui ont soumis des mémoires, ont cité de façon constante cinq besoins précis auxquels doivent souvent faire face les victimes de crimes violents, outre les préoccupations concernant la sécurité et le besoin de renseignements et de soutien en ce qui a trait au processus de poursuite :

  1. de l'aide financière;
  2. des services de consultation;
  3. la reconnaissance de leur victimisation;
  4. la possibilité de raconter ce qui leur est arrivé au cours d'une audience;
  5. du soutien personnalisé en vue de naviguer dans le réseau de programmes et de services d'aide aux victimes.

Il n'est pas surprenant de constater que l'aide rapide a été citée comme étant la plus efficace, bien que certaines victimes de crimes violents aient évidemment besoin d'une aide et d'un soutien à plus long terme.

Les victimes de crimes violents doivent souvent faire face à des dépenses afin d'assurer leur sécurité personnelle de façon continue et de retrouver un certain niveau de normalité dans leur vie quotidienne. Ces dépenses peuvent varier sensiblement et comprendre notamment les services de consultation, l'installation de dispositifs de sécurité, le remplacement des serrures et des fenêtres brisées, les frais de logement temporaire ou de rechange, le remplacement des lunettes prescrites, l'achat de nouveaux vêtements, etc. Pour les personnes disposant de moyens financiers limités, même des dépenses mineures imprévues peuvent être source d'incertitude et d'anxiété supplémentaires.

Les services de consultation constituent également un besoin essentiel de nombreuses victimes de crimes violents. Afin d'être efficaces, ils sont souvent offerts par des personnes autres que les professionnels de la santé, qui ont beaucoup d'expérience dans le travail auprès des victimes d'actes criminels. Les travailleurs sociaux, les psychologues et les travailleurs ayant l'expérience du soutien aux victimes semblent offrir la majorité des services de consultation aux victimes en Ontario. Comme une victime dont le fils avait été assassiné l'a souligné au cours de notre rencontre : « Les victimes ne souffrent pas de maladie mentale - nous n'avons pas besoin de psychiatres pour nous offrir des services de consultation. » L'Assurance-santé de l'Ontario, toutefois, ne couvre que les coûts des psychiatres. Les services offerts par les travailleurs sociaux, les psychologues et autres conseillers ne sont pas financés de la même manière.

De plus, les victimes de crimes violents désirent souvent obtenir une reconnaissance officielle des événements qu'elles ont vécus. Le processus de justice pénale, bien entendu, a pour objet de déterminer si une personne accusée est coupable ou non. Son objectif n'est pas d'offrir aux victimes une reconnaissance sociale de leur victimisation. En revanche, une audience de la Commission d'indemnisation des victimes d'actes criminels vise à déterminer si un demandeur a été victime d'un crime violent. Si la Commission accorde une indemnisation, la décision écrite qui est envoyée à la victime précise explicitement que le demandeur a été victime d'un crime et reconnaît l'injustice que la victime a subie. Pour bon nombre de victimes, la décision de la Commission constitue la première reconnaissance officielle de leur victimisation et peut revêtir une importance significative.

Certaines victimes de crimes violents souhaitent également avoir la possibilité de raconter ce qui leur est arrivé à un décideur officiel. Par conséquent, il est évident qu'une audience peut avoir un certain rôle thérapeutique. Par exemple, une étude de l'incidence que peut avoir le processus d'indemnisation des travailleurs au Québec sur ces derniers indique ce qui suit :

L'une des facettes du processus qui a été désignée comme ayant une incidence positive sur la santé des travailleurs est la partie de l'audience d'appel où l'on pourrait dire que les travailleurs ont eu leur jour de gloire en cour. [traduction] 3

Une vaste documentation appuie l'idée voulant que les personnes accordent souvent une grande valeur à la possibilité d'être entendues par des décideurs et qu'elles acceptent plus facilement le résultat, positif ou négatif, si elles ont eu la possibilité de participer au processus décisionnel dans le cadre d'une audience 4.

Enfin, les victimes de crimes violents ont besoin d'un soutien personnalisé en vue de naviguer dans le réseau de programmes et de services d'aide aux victimes. La majorité de ces services et de ces programmes en Ontario sont offerts par des organismes communautaires locaux et il peut être déroutant pour les victimes d'actes criminels de déterminer quels organismes offrent les services répondant le mieux à leurs besoins.

C. La police et les victimes d'actes criminels

Les tâches de tous les agents de police en Ontario consistent entre autres à « aider les victimes d'actes criminels » 5. Les agents de police constituent souvent le premier contact des victimes avec le système de justice pénale à la suite de la perpétration d'un crime. Ce contact peut être maintenu durant un certain temps s'il y a enquête policière, surtout dans les cas où des accusations criminelles sont portées. La police est par conséquent bien située pour jouer un rôle important et positif dans la vie des victimes d'actes criminels et pour assurer qu'on traite celles-ci avec respect et compassion. Bien que bon nombre de victimes de crimes violents aient déclaré avoir vécu des expériences très positives avec des agents de police, certaines personnes ont fait état de traitement insensible, particulièrement dans la période qui a suivi immédiatement le crime.

Les agents de police subissent des pressions énormes pour faire respecter la loi et enquêter sur les crimes et doivent souvent subir des pressions contradictoires sur les lieux d'un crime. Malgré cela, les victimes doivent faire l'objet d'un traitement prioritaire par les services de police et les agents de police doivent recevoir la formation et le soutien nécessaires afin d'être en mesure de faire preuve de compassion et de sensibilité sociales à l'égard des victimes d'actes criminels.


  1. Centre canadien de ressources pour les victimes de crimes, The Impact of Victimization, en ligne (en anglais) : http://www.crcvc.ca/docs/victimization.pdf.
  2. Gouvernement du Canada. « Coût du crime au Canada », en ligne : http://www.semainedesvictimes.gc.ca/archive2006/fact-sheets/p2.html. Les 70 milliards de dollars se répartissent comme suit : 18 milliards de dollars pour les crimes violents, 40 milliards de dollars pour les crimes contre les biens et 12 milliards de dollars pour les autres types de crime.
  3. Katherine Lippel, « Workers describe the effect of the workers' compensation process on their health: A Québec study », 30 International Journal of Law and Psychiatry, 2007, nº 427, 438.
  4. Voir, par exemple, E. Allen Lind et Tom R. Tyler, The Social Psychology of Procedural Justice, New York, Plenum Press, 1988.
  5. Loi sur les services policiers, L.R.O. 1990, chap. P.15, alinéa 42 (1) c).